Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>
Dimanche 1 août 2010 7 01 /08 /Août /2010 15:09

Je suis passé à la bibliothèque. J'ai entrouvert ce livre de Pessoa que je ne connaissais pas : "je ne suis personne", c'était une fin juillet comme aujourd'hui, d'une autre année, j'ai oublié depuis son numéro. Ni gai, ni triste, mais simplement absent. Absent aux autres et un peu à moi-même. J'ai repensé à cette phrase qui dit "pourquoi il y a t-il quelque chose plutôt que rien." J'aimerais tellement parfois qu'il n'y ait rien. Le rien me simplifierais un peu la vie. Cette vie que je ne hais point, mais qui se ruine à l'aune des discours convenus, ennuyeux. Alors je fais semblant, ou je me tais, j'entre dans le troupeau, je bêle avec, je broute avec, et je m'y résous pas. Pas plus que je me résous à me débarrasser de mon éducation comme d'une vieille guenille puante. Je suis trop lâche pour envoyer paître ma vie vers d'autres cieux, ou sous une autre terre. Je meuble le gris de ces funestes sensations, comme la couleur du temps quand il est nuageux et pluvieux. Ici, à la bibliothèque les gens se taisent. A peine entend-t-on un murmure, une respiration. Il y a aussi les livres que quelques doigts feuillettent. Aujourd'hui je suis là, quatrième étage de la bibliothèque, avec le "je ne suis personne" de Fernando Pessoa. Qui hormis les poètes ou les fous peuvent nous dire l'essentiel? Je ne crois pas que les philosophes, les spécialistes des sciences humaines soient d'un très grand secours. Nous apprennent à sentir par soi-même par les sentiers battus, les émotions disparates et fugaces. Pessoa écrit " Qui, donc s'il est portugais peut vivre dans l'étroitesse d'une seule personnalité, de toutes les manières, parce que la Vérité ne peut exister incomplète..." Remplacer, portugais par humain. Humain est le mot qui colle le mieux à ce que nous sommes... Je crois cela. Nous remplissons la jarre de notre vie de paroles, à ras bord le langage. Paroles vides, paroles pleines, que feront nous plus tard? Quel est la couleur du temps? A quelle heure passe le train?. Nous pensons. Il est compliqué d'être, et de souhaiter la mort. C'est un propos insane que de dire que mourir est facile; ou de dire "je n'ai pas peur de la mort" surtout quand on se sait en "bonne santé". Je ne saurais fanfaronner, mourir me fait tout aussi peur que vivre. Cela me fait plus peur. Vivre n'est peut-être pas si compliqué quand l'on est sans douleur. Un toit, un lit, et de la nourriture. A l'instant je suis à la bibliothèque, dehors il pleut à gros bouillons il faut croire que le ciel est chagrin. Fernando susurre à mon oreille " le seul fait de penser, déflore tout jusqu'au tréfonds le plus intime de l'être." "Ratiociner avec cohérence, voilà ce qui détruit la véritable innocence, par la profonde et conscience, de soi, du monde, de tous." Du haut de ce quatrième étage, je vois derrière la baie vitrée, sur la place, baguenauder de petits personnages. Ce n'est pas bien haut un quatrième étage, et déjà l'homo sapiens-sapiens apparaît tout petit. A quelle hauteur faudrait-il être pour cesser de le voir?

A quelle hauteur la conscience humaine s'arrête-t-elle?

Il faudrait poser cette question à un aviateur ou à un alpiniste. Il est temps de rentrer, la pluie s'est arrêtée, j'emmène le "je ne suis personne" fantôme de Pessoa qui m'a tenu la main... Après midi pluvieux, après midi de calme et de tristesse; je sais déjà qu'il y en aura d'autres, identiques, des journées de tristesses simplement déclenchées lorsque le jour se lève. Dieu ce matin à appuyer sur le mauvais interrupteur. Aux choses sans raison je voudrais dire merci, que m'importe de savoir le pourquoi, je laisse la raison à ceux qui pensent. A ceux ravager par un pourquoi. A ceux pour qui l'univers commence, se termine aux bouts de leurs souliers. Ma journée triste est belle, elle est douce avec moi, m'enveloppe dans la tiédeur de son étoffe humide. Bientôt les nuages se dissipent, et ma tristesse avec, l'air est frais. Le mot change et avec lui l'émotion qui l'accompagne, doucement tristesse s'évapore elle laisse place à "saudad".

Il est moins connoté... Il est des mots qui me sont familiers, d'autres non.

Pessoa dans un de ses poèmes, à propos de ses vers se demande " Qui sait qui les lira, Qui sait à quelles mains ils iront?" Je voudrais lui offrir ma réponse toute en bleu, comme le blues. Un blues un peu bleu nuit, un état d'âme discret et silencieux qui se glisse entre les bruits du quotidien. Comme un intrus le silence, il n'est pas invité, c'est pour ça que je l'aime. On le retrouve dans la musique, un ami qui se faufile et me tient compagnie. Il apporte un peu plus de réel, un peu de consistance dans la ruche des discours. La mort nous impose le silence. Le silence est essence et il est existence. Je pense à Pessoa, évoque-t-il le silence? je trouve la réponses dans ses poèmes païens " La neige a mis une silencieuse nappe sur toutes choses". Je bénis l'inventeur des boules quiès, même si je n'aime guère le silence ouaté, cotonneux qu'elles apportent.

Je me réveille Dimanche, les cloches de la chrétienté ont brisé mon silence. Elle a besoin de porter sa parole, elle aussi fait sa com' mot consacré de notre époque. Tient! les cloches se sont tus, elles annonçaient que la messe allait être dite. Le silence aussitôt reprend place. Une place ténue, de plus en plus étroite, il tend à s'absenter du territoire des hommes. Il est notre paix et nous l'avons chassé. Maintenant, au moment d'une lente agonie il nous faut le chercher. La modernité n'a pas voulu de lui. On l'aura mis dans un charter. La modernité ne partage pas son territoire. Peut-être que la modernité, dont j'ignore le nom, s'appelle d'elle-même, par elle-même, dans l'immensité de son auto suffisance. Elle me fait penser à ces hommes en blouse blanche pencher au-dessus du malade agonisant, à ces sorciers modernes qui ignorent le renoncement, et qui font des miracles en fauteuils roulants. Je divague, j'exagère, entre temps j'écris ces balivernes sur le soleil, la pluie, le silence, la modernité et les blouses blanches...Silence et solitude sont deux amis qui m'accompagnent dans les ténèbres de l'humanité. Ils racontent au creux de mon oreille qu'il ne faut pas avoir peur, que la vie n'est qu'un virus venu rompre l'harmonie du néant. Ce berceau de toutes choses. Les crises s'estompent dans le silence. Les nuages de la conscience se dissipent, disparaissent.

  Aurais-je à vivre sous d'autres cieux?

  Je balaie sans cesse les cendres du passé.

   Nul besoin de prêcher une quelconque vérité, une vérité quelconque.

   La nuit prochaine se remplira de rêves.

   Labyrinthe de l'esprit.

   Repos de l'âme. Je fais exister la beauté et la paix dans des endroits secrets.

   Si souvent, je suis étranger à moi-même.

   Je sais que c'est par pur hasard.

    Que me coûte de mentir? de dire vrai?

    Ce qui est vrai, c'est l'encre sur la page.

     Les mots s'évanouissent sous la plume.

    Ils sont le venin des paroles.

     Leur richesse.

     Combien de litres de sang ont versé les je t'aime.

     Parfois je dis : la mort est une récompense.

     Mais les mots se déguisent

     Carnaval de paroles.

     Tout cela est grotesque. Seul, le chant des oiseaux que je ne comprends pas offre la paix à mes oreilles. Comme tout homme j'ai cinq sens, et j'ignore l'intuition et il n'est pas si simple de faire fonctionner ses cinq sens en harmonie, en quintette. La vie est un navire qui sombre, cela n'a rien de triste, d'angoissant. Simplement une affaire de constat. Les hommes n'aiment guère les constats, ils fuient les évidences pour mieux nier leur désir. Enfin ce que j'appelle désir. Ce n'est ni les objets, toutes ces choses menaçantes qui trônent aux étalages, et qui ne rêvent que de nous posséder. Mon désir est m'endormir dans des pétales de rêves. Mon désir le matin aux premières lueurs, se nomme respiration, et je ne vois rien d'autre. Rien d'autre à désirer. Un peu de délivrance, la liberté de respirer, de rêver où je veux quand je veux. Surtout à mon insu. Le plus beau des désirs est l'effet de surprise. Papillon qui s'envole pour une longue migration, ignore-t-il cette destination finale? Il vit les instants d'existence qui lui sont dévolus sur cette terre...comme moi...comme moi.

Avec le temps une douce mélancolie s'est insinuée en moi. Elle me fait silencieux, mes paroles ne sont que billevesées.

   Est ce que penser peut nous trahir?

   Faut-il penser en rond ou bien en ligne.

   Quel est le bonheur des pensées au carré?

   Formules mathématiques

   Pensées logiques

   La fragilité est un concept usé, je préfère mon habit rapiécé.

Dans les vagues une fois je me suis débattu, ma vie est un naufrage, mais par chance et un coup du destin, j'ai échoué sur des sables mouvants, l'albatros tournoyait dans le ciel, il m'a pris et posé sur le chemin de la terre ferme, sans me dire où aller il a repris son vol. Le regardant partir comme l'enfant j'ai pleuré. Je marche sur le chemin qui s'appelle destinée et la nuit quand je dors l'albatros me rend parfois visite, il me dit sa tristesse de voler, d'être seul dans le ciel. Ainsi les êtres ne sont jamais contents d'être là où ils sont. Derrière le miroir sans tain, dans l'abîme de la vision, je contemple les spectacle du monde, Yo Goya, il ne me sourit guère, les yeux se portent là et ailleurs, mais pourquoi là plutôt qu'ailleurs; Quand l'esprit se teintera du rose pâle d'une lubricité consentie, je suivrais le sillon de la joie, jusqu'au gouffre du mystère, en ce lieu grotte de l'origine, j'aspire à ma félicité. Navigateur des profondeurs, je salue le sous-marinier qui sonde la liquide matière. Tel un Poséidon des apparences, je fais le souhait de me dissoudre dans le creux de cette transparence. De la goutte d'eau je me suis fait l'ami. Dans l'orage incertain de ma vie je les retrouve nombreuses, ensemble elles emportent dans le torrent mes désirs, seul le désir inassouvi résiste à la tempête du temps, l'eau emporte, l'eau ravine mais elle est renaissance. Molécule du corps salée au bord des yeux. Que serions nous sans eau? puisqu'elle est origine, notre premier miroir, notre abîme. L'eau me dit qui je suis, je pardonne ses mensonges.

           Obscure forêt humaine

            Par un matin d'été

           J'ai quitté tes sentiers balisés.

           Sauvage aux yeux lavande

           Je danse au son d'une sarabande

            Dans l'espace déserté par la haine

            Je marche vers d'autres solitudes

            Comme le chien de Goya, sur un chemin aride. La terre devient friable sous le poids des années, enseveli, sauvé, nul ne sait. Nul ne saurait savoir la durée du voyage, très cher Freud, vous qui disiez que cela dépend du pas du voyageur. S'agit-il d'aller loin, ou de marcher longtemps, lentement. Un pas qui rythme la rêverie.

             Qui es tu ? Ô toi chien de Goya, es tu moi? es  tu l'autre? es tu au pied de notre mur.

             Celui qu'on ne saurait gravir.

              Celui qu'on ne saurait franchir, sans laisser derrière soi l'empreinte de ce qui fût, dans l'instant de ce qui est, dans l'absence de traces d'un inespéré sera. Car les ruines appartiennent à demain. Il se peut qu'un jour l'art nous survive, et que l'on se souvienne du chien de Goya contemplant notre disparition... à venir...avenir.

 La vie ? de quels noms n'a-t-elle été affublée. Métonymie du hasard, l'homme se cherche, croyant voir quelque sens, il ne voit que mirage. Blindness. Le temps est notre peintre, s'il arrivait que nous ouvrions les yeux, quelle serait la toile de l'artiste éternel? N'avez vous pas remarqué que perpétuité rime avec fatuité. Quelques phrases que l'on glane au hasard. Il, elle ne peut plus le voir en peinture. De quelle étoffe nous nous sommes donc paré, qu'elle dissimule à ce point les êtres que nous sommes, enrubannés d'une fierté malsaine. D'où vient cette odeur de charogne qui se dégage de l'être, qu'il lui faille s'asperger de rose et de jasmin. Et cet homme à l'odeur de crottin qui se croit plus haut que le cochon, qui décrochant la lune un été soixante neuf croit changer le destin.

               Vieillir, devenir sage.

                La sagesse, cette vieille guigne que Nietzsche considérait comme un cosmétique.

                Du fard sur un vieux masque, pour en camoufler les sillons que le temps à creuser.

                 Oripeaux de sa sénilité.

                 Qu'aurais je à faire de devenir sage, dans un dernier aveu d'impuissance, je me dessécherais dans l'atmosphère poussiéreuse de ma bibliothèque.

                Qu'ai je donc à faire de cette sagesse, quand la décrépitude du corps détourne le regard des jeunes femmes. Les sens s'évanouissent, quand les douleurs du corps manifestent leur naissance, elles viennent s'inscrire dans cette permanence charnelle qui ne veut pas céder, qui s'accroche à un je ne sais quoi devenu incapable de nommer cette sagesse. Sagesse qui s'enorgueillit de cette fausse présence qu'elle semble revendiquer dans un regard vitreux, dans une parole qui ne vient plus, qui n'est plus écoutée que par la compassion.

                Serais-je plus sage quand ma mémoire défaille, vieille guenille effilochée de souvenirs décousus, obsolètes.

                 Le chat est mort hier. Il est parti en s'endormant.

                  Vieux chat. Était-il sage?

   La morphine est la récompense de la sagesse qui devient douloureuse.

L'acceptation totale est terrifiante, elle seule peut nous réconcilier, nous n'avons d'autres choix que celui d'accepter.

 Ce qui serait pire : serait de crever seul dans les draps humides et blancs d'un hôpital sentant l'éther et le désinfectant.

 J'ai caressé la tête du vieux chat tandis qu'il s'endormait sur mon vieux pull-over bleu, celui que maman m'avait tricoté et que je ne mettais jamais.

 Le docteur pour vieux chat, nous parlait des vieux chats. Il a emporté le vieux chat. Doucement dans ses bras. Dans ses bras le vieux chat est parti. Parti...

       " Le passé est un abîme sans fond qui engloutit toutes les choses passagères; l'avenir est un autre abîme qui nous est impénétrable. L'un de ces abîmes s'écoulent continuellement dans l'autre. Nous sentons l'écoulement de l'avenir dans le passé et c'est ce qui fait le présent, comme le présent fait toute notre vie." Pierre Nicole.

Par fragmentations.renaudin.over-blog.com
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus