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Dimanche 1 août 2010 7 01 /08 /Août /2010 15:09

Je suis passé à la bibliothèque. J'ai entrouvert ce livre de Pessoa que je ne connaissais pas : "je ne suis personne", c'était une fin juillet comme aujourd'hui, d'une autre année, j'ai oublié depuis son numéro. Ni gai, ni triste, mais simplement absent. Absent aux autres et un peu à moi-même. J'ai repensé à cette phrase qui dit "pourquoi il y a t-il quelque chose plutôt que rien." J'aimerais tellement parfois qu'il n'y ait rien. Le rien me simplifierais un peu la vie. Cette vie que je ne hais point, mais qui se ruine à l'aune des discours convenus, ennuyeux. Alors je fais semblant, ou je me tais, j'entre dans le troupeau, je bêle avec, je broute avec, et je m'y résous pas. Pas plus que je me résous à me débarrasser de mon éducation comme d'une vieille guenille puante. Je suis trop lâche pour envoyer paître ma vie vers d'autres cieux, ou sous une autre terre. Je meuble le gris de ces funestes sensations, comme la couleur du temps quand il est nuageux et pluvieux. Ici, à la bibliothèque les gens se taisent. A peine entend-t-on un murmure, une respiration. Il y a aussi les livres que quelques doigts feuillettent. Aujourd'hui je suis là, quatrième étage de la bibliothèque, avec le "je ne suis personne" de Fernando Pessoa. Qui hormis les poètes ou les fous peuvent nous dire l'essentiel? Je ne crois pas que les philosophes, les spécialistes des sciences humaines soient d'un très grand secours. Nous apprennent à sentir par soi-même par les sentiers battus, les émotions disparates et fugaces. Pessoa écrit " Qui, donc s'il est portugais peut vivre dans l'étroitesse d'une seule personnalité, de toutes les manières, parce que la Vérité ne peut exister incomplète..." Remplacer, portugais par humain. Humain est le mot qui colle le mieux à ce que nous sommes... Je crois cela. Nous remplissons la jarre de notre vie de paroles, à ras bord le langage. Paroles vides, paroles pleines, que feront nous plus tard? Quel est la couleur du temps? A quelle heure passe le train?. Nous pensons. Il est compliqué d'être, et de souhaiter la mort. C'est un propos insane que de dire que mourir est facile; ou de dire "je n'ai pas peur de la mort" surtout quand on se sait en "bonne santé". Je ne saurais fanfaronner, mourir me fait tout aussi peur que vivre. Cela me fait plus peur. Vivre n'est peut-être pas si compliqué quand l'on est sans douleur. Un toit, un lit, et de la nourriture. A l'instant je suis à la bibliothèque, dehors il pleut à gros bouillons il faut croire que le ciel est chagrin. Fernando susurre à mon oreille " le seul fait de penser, déflore tout jusqu'au tréfonds le plus intime de l'être." "Ratiociner avec cohérence, voilà ce qui détruit la véritable innocence, par la profonde et conscience, de soi, du monde, de tous." Du haut de ce quatrième étage, je vois derrière la baie vitrée, sur la place, baguenauder de petits personnages. Ce n'est pas bien haut un quatrième étage, et déjà l'homo sapiens-sapiens apparaît tout petit. A quelle hauteur faudrait-il être pour cesser de le voir?

A quelle hauteur la conscience humaine s'arrête-t-elle?

Il faudrait poser cette question à un aviateur ou à un alpiniste. Il est temps de rentrer, la pluie s'est arrêtée, j'emmène le "je ne suis personne" fantôme de Pessoa qui m'a tenu la main... Après midi pluvieux, après midi de calme et de tristesse; je sais déjà qu'il y en aura d'autres, identiques, des journées de tristesses simplement déclenchées lorsque le jour se lève. Dieu ce matin à appuyer sur le mauvais interrupteur. Aux choses sans raison je voudrais dire merci, que m'importe de savoir le pourquoi, je laisse la raison à ceux qui pensent. A ceux ravager par un pourquoi. A ceux pour qui l'univers commence, se termine aux bouts de leurs souliers. Ma journée triste est belle, elle est douce avec moi, m'enveloppe dans la tiédeur de son étoffe humide. Bientôt les nuages se dissipent, et ma tristesse avec, l'air est frais. Le mot change et avec lui l'émotion qui l'accompagne, doucement tristesse s'évapore elle laisse place à "saudad".

Il est moins connoté... Il est des mots qui me sont familiers, d'autres non.

Pessoa dans un de ses poèmes, à propos de ses vers se demande " Qui sait qui les lira, Qui sait à quelles mains ils iront?" Je voudrais lui offrir ma réponse toute en bleu, comme le blues. Un blues un peu bleu nuit, un état d'âme discret et silencieux qui se glisse entre les bruits du quotidien. Comme un intrus le silence, il n'est pas invité, c'est pour ça que je l'aime. On le retrouve dans la musique, un ami qui se faufile et me tient compagnie. Il apporte un peu plus de réel, un peu de consistance dans la ruche des discours. La mort nous impose le silence. Le silence est essence et il est existence. Je pense à Pessoa, évoque-t-il le silence? je trouve la réponses dans ses poèmes païens " La neige a mis une silencieuse nappe sur toutes choses". Je bénis l'inventeur des boules quiès, même si je n'aime guère le silence ouaté, cotonneux qu'elles apportent.

Je me réveille Dimanche, les cloches de la chrétienté ont brisé mon silence. Elle a besoin de porter sa parole, elle aussi fait sa com' mot consacré de notre époque. Tient! les cloches se sont tus, elles annonçaient que la messe allait être dite. Le silence aussitôt reprend place. Une place ténue, de plus en plus étroite, il tend à s'absenter du territoire des hommes. Il est notre paix et nous l'avons chassé. Maintenant, au moment d'une lente agonie il nous faut le chercher. La modernité n'a pas voulu de lui. On l'aura mis dans un charter. La modernité ne partage pas son territoire. Peut-être que la modernité, dont j'ignore le nom, s'appelle d'elle-même, par elle-même, dans l'immensité de son auto suffisance. Elle me fait penser à ces hommes en blouse blanche pencher au-dessus du malade agonisant, à ces sorciers modernes qui ignorent le renoncement, et qui font des miracles en fauteuils roulants. Je divague, j'exagère, entre temps j'écris ces balivernes sur le soleil, la pluie, le silence, la modernité et les blouses blanches...Silence et solitude sont deux amis qui m'accompagnent dans les ténèbres de l'humanité. Ils racontent au creux de mon oreille qu'il ne faut pas avoir peur, que la vie n'est qu'un virus venu rompre l'harmonie du néant. Ce berceau de toutes choses. Les crises s'estompent dans le silence. Les nuages de la conscience se dissipent, disparaissent.

  Aurais-je à vivre sous d'autres cieux?

  Je balaie sans cesse les cendres du passé.

   Nul besoin de prêcher une quelconque vérité, une vérité quelconque.

   La nuit prochaine se remplira de rêves.

   Labyrinthe de l'esprit.

   Repos de l'âme. Je fais exister la beauté et la paix dans des endroits secrets.

   Si souvent, je suis étranger à moi-même.

   Je sais que c'est par pur hasard.

    Que me coûte de mentir? de dire vrai?

    Ce qui est vrai, c'est l'encre sur la page.

     Les mots s'évanouissent sous la plume.

    Ils sont le venin des paroles.

     Leur richesse.

     Combien de litres de sang ont versé les je t'aime.

     Parfois je dis : la mort est une récompense.

     Mais les mots se déguisent

     Carnaval de paroles.

     Tout cela est grotesque. Seul, le chant des oiseaux que je ne comprends pas offre la paix à mes oreilles. Comme tout homme j'ai cinq sens, et j'ignore l'intuition et il n'est pas si simple de faire fonctionner ses cinq sens en harmonie, en quintette. La vie est un navire qui sombre, cela n'a rien de triste, d'angoissant. Simplement une affaire de constat. Les hommes n'aiment guère les constats, ils fuient les évidences pour mieux nier leur désir. Enfin ce que j'appelle désir. Ce n'est ni les objets, toutes ces choses menaçantes qui trônent aux étalages, et qui ne rêvent que de nous posséder. Mon désir est m'endormir dans des pétales de rêves. Mon désir le matin aux premières lueurs, se nomme respiration, et je ne vois rien d'autre. Rien d'autre à désirer. Un peu de délivrance, la liberté de respirer, de rêver où je veux quand je veux. Surtout à mon insu. Le plus beau des désirs est l'effet de surprise. Papillon qui s'envole pour une longue migration, ignore-t-il cette destination finale? Il vit les instants d'existence qui lui sont dévolus sur cette terre...comme moi...comme moi.

Avec le temps une douce mélancolie s'est insinuée en moi. Elle me fait silencieux, mes paroles ne sont que billevesées.

   Est ce que penser peut nous trahir?

   Faut-il penser en rond ou bien en ligne.

   Quel est le bonheur des pensées au carré?

   Formules mathématiques

   Pensées logiques

   La fragilité est un concept usé, je préfère mon habit rapiécé.

Dans les vagues une fois je me suis débattu, ma vie est un naufrage, mais par chance et un coup du destin, j'ai échoué sur des sables mouvants, l'albatros tournoyait dans le ciel, il m'a pris et posé sur le chemin de la terre ferme, sans me dire où aller il a repris son vol. Le regardant partir comme l'enfant j'ai pleuré. Je marche sur le chemin qui s'appelle destinée et la nuit quand je dors l'albatros me rend parfois visite, il me dit sa tristesse de voler, d'être seul dans le ciel. Ainsi les êtres ne sont jamais contents d'être là où ils sont. Derrière le miroir sans tain, dans l'abîme de la vision, je contemple les spectacle du monde, Yo Goya, il ne me sourit guère, les yeux se portent là et ailleurs, mais pourquoi là plutôt qu'ailleurs; Quand l'esprit se teintera du rose pâle d'une lubricité consentie, je suivrais le sillon de la joie, jusqu'au gouffre du mystère, en ce lieu grotte de l'origine, j'aspire à ma félicité. Navigateur des profondeurs, je salue le sous-marinier qui sonde la liquide matière. Tel un Poséidon des apparences, je fais le souhait de me dissoudre dans le creux de cette transparence. De la goutte d'eau je me suis fait l'ami. Dans l'orage incertain de ma vie je les retrouve nombreuses, ensemble elles emportent dans le torrent mes désirs, seul le désir inassouvi résiste à la tempête du temps, l'eau emporte, l'eau ravine mais elle est renaissance. Molécule du corps salée au bord des yeux. Que serions nous sans eau? puisqu'elle est origine, notre premier miroir, notre abîme. L'eau me dit qui je suis, je pardonne ses mensonges.

           Obscure forêt humaine

            Par un matin d'été

           J'ai quitté tes sentiers balisés.

           Sauvage aux yeux lavande

           Je danse au son d'une sarabande

            Dans l'espace déserté par la haine

            Je marche vers d'autres solitudes

            Comme le chien de Goya, sur un chemin aride. La terre devient friable sous le poids des années, enseveli, sauvé, nul ne sait. Nul ne saurait savoir la durée du voyage, très cher Freud, vous qui disiez que cela dépend du pas du voyageur. S'agit-il d'aller loin, ou de marcher longtemps, lentement. Un pas qui rythme la rêverie.

             Qui es tu ? Ô toi chien de Goya, es tu moi? es  tu l'autre? es tu au pied de notre mur.

             Celui qu'on ne saurait gravir.

              Celui qu'on ne saurait franchir, sans laisser derrière soi l'empreinte de ce qui fût, dans l'instant de ce qui est, dans l'absence de traces d'un inespéré sera. Car les ruines appartiennent à demain. Il se peut qu'un jour l'art nous survive, et que l'on se souvienne du chien de Goya contemplant notre disparition... à venir...avenir.

 La vie ? de quels noms n'a-t-elle été affublée. Métonymie du hasard, l'homme se cherche, croyant voir quelque sens, il ne voit que mirage. Blindness. Le temps est notre peintre, s'il arrivait que nous ouvrions les yeux, quelle serait la toile de l'artiste éternel? N'avez vous pas remarqué que perpétuité rime avec fatuité. Quelques phrases que l'on glane au hasard. Il, elle ne peut plus le voir en peinture. De quelle étoffe nous nous sommes donc paré, qu'elle dissimule à ce point les êtres que nous sommes, enrubannés d'une fierté malsaine. D'où vient cette odeur de charogne qui se dégage de l'être, qu'il lui faille s'asperger de rose et de jasmin. Et cet homme à l'odeur de crottin qui se croit plus haut que le cochon, qui décrochant la lune un été soixante neuf croit changer le destin.

               Vieillir, devenir sage.

                La sagesse, cette vieille guigne que Nietzsche considérait comme un cosmétique.

                Du fard sur un vieux masque, pour en camoufler les sillons que le temps à creuser.

                 Oripeaux de sa sénilité.

                 Qu'aurais je à faire de devenir sage, dans un dernier aveu d'impuissance, je me dessécherais dans l'atmosphère poussiéreuse de ma bibliothèque.

                Qu'ai je donc à faire de cette sagesse, quand la décrépitude du corps détourne le regard des jeunes femmes. Les sens s'évanouissent, quand les douleurs du corps manifestent leur naissance, elles viennent s'inscrire dans cette permanence charnelle qui ne veut pas céder, qui s'accroche à un je ne sais quoi devenu incapable de nommer cette sagesse. Sagesse qui s'enorgueillit de cette fausse présence qu'elle semble revendiquer dans un regard vitreux, dans une parole qui ne vient plus, qui n'est plus écoutée que par la compassion.

                Serais-je plus sage quand ma mémoire défaille, vieille guenille effilochée de souvenirs décousus, obsolètes.

                 Le chat est mort hier. Il est parti en s'endormant.

                  Vieux chat. Était-il sage?

   La morphine est la récompense de la sagesse qui devient douloureuse.

L'acceptation totale est terrifiante, elle seule peut nous réconcilier, nous n'avons d'autres choix que celui d'accepter.

 Ce qui serait pire : serait de crever seul dans les draps humides et blancs d'un hôpital sentant l'éther et le désinfectant.

 J'ai caressé la tête du vieux chat tandis qu'il s'endormait sur mon vieux pull-over bleu, celui que maman m'avait tricoté et que je ne mettais jamais.

 Le docteur pour vieux chat, nous parlait des vieux chats. Il a emporté le vieux chat. Doucement dans ses bras. Dans ses bras le vieux chat est parti. Parti...

       " Le passé est un abîme sans fond qui engloutit toutes les choses passagères; l'avenir est un autre abîme qui nous est impénétrable. L'un de ces abîmes s'écoulent continuellement dans l'autre. Nous sentons l'écoulement de l'avenir dans le passé et c'est ce qui fait le présent, comme le présent fait toute notre vie." Pierre Nicole.

Par fragmentations.renaudin.over-blog.com
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Vendredi 30 juillet 2010 5 30 /07 /Juil /2010 11:52

Larousse : Ensemble quelconque formé d'éléments hétérogènes, disparates.

"Comment saurait-on qu'on est le dernier homme sur terre? dit-il.

Je ne crois pas qu'on le saurait. On le serait, c'est tout.

 Personne ne le saurait.

Ça ne ferait aucune différence. Quand on meurt c'est comme si tout le monde mourait aussi." Cormac Mc Carthy. (la route. Ed Points, p 152)

      L'écrit a eu lieu. Il est, il continue. Au fil des lignes du temps où il s'écrit il devient ponctuation nécessaire, scansion, travail, quoique ce mot fait frémir. Dire alors avec Dostoïevski, occupation. Il n'y aura pas, ou plus de réponse, question, réponse s'épouse dans le mouvement, la réponse si l'on y consentait serait l'acte lui-même. Tout cela n'est pas de style, mais de vie, à l'aoriste cela donne le "Wo es war, soll ich werden." freudien.

    "Il faut rater, s'y remettre et...rater mieux." mumure Samuel Beckett.

Désormais le sens est à considérer comme un cimetière, un dépôt, une casse où s'empile les pièces hors service qui le constituait. Cela ne peut se décréter, cela émerge, cela surgit. L'imaginaire fera le reste " ce vaste territoire. Un monde où l'on ne risque guère d'être poursuivi" "territoire gratifiant, que certains diront narcissique." dixit Henri Laborit, dans l'éloge de la fuite. Niché dans un désespoir poétique, une fêlure originelle qui nous fait fuir les incessants conflits, organisés par les discours sous le sceau du langage. Cette maison pour homme parlant. Que serait l'histoire, sans l'assomption.

Toujours prétendre être ce que l'on est, en oubliant que ce genre d'affirmation ne peut s'énoncer que par défaut, à défaut d'être ce que l'on est, dans le rapport avec ce que l'on a été, et de ce qu'on sera. "Dans l'éternité le temps n'existe plus. L'éternité n'est qu'un instant, juste assez long pour faire une plaisanterie." dit Hermann Hesse dans le loup des steppes, page 147 de l'édition de poche. Le temps comme une vague, et l'écrit sur le sable, il s'efface. Dire peut être, avec Marguerite Duras, le carcéral de l'être, le coeur de la folie, l'approche toujours possible de la rupture, dire l'écriture qui dé-ensorcelle " Ce qu'on écrit est une vie qui ne se voit pas." Dire ce qui nous possède. Marguerite Duras raconte ce qui la possède. Comme une musique de Carlos d'Alessio, écoutée alors que nous restons pétrifiés devant une toile de d'Edward Hopper. Intuition de l'authenticité. Une femme seule dans un bar désert, seule devant son café, tard dans la nuit. Le semblant a fondu dans la tasse. Que fait-elle? attente ou renoncement? seule devant une tasse. Nous ne saurons rien d'autre.

Abandon. " L'écriture est un abandon." dit Claude Henri Rocquet dans son livre Goya. Lire la peinture, peindre les lettres, contempler la musique. L'art est fragmentation. D'une voix qu'il veut douce il dira "tu te trompes." L'incertain qui grandit et c'est un champ de possibilités qui s'ouvre.

        Regarder, à l'horizon, le port, le passé, le retour.

        Lumière verte à tribord

        Lumière rouge à bâbord.

        Dans les yeux vairons de ce port l'Ulysse moderne, revient à son point de départ. C'est le port du passé, qui attend le retour des marins de la vie. La mémoire de ce lieu par bribes nous revient. Il y a toujours un temps pour le retour. Nous pensions le connaître, par le retour il révèle son inconnu, chargé d'un manque dont l'accès nous restera barré. Un perdu. "Où s'est perdu le perdu" questionne Pascal Quignard. Un presque-rien qui se terre dans le pays de l'ignorance.

Aurons nous un jour des universités de dé-apprentissage pour nous délester de tout ce savoir supposé qui encombre nos têtes. Liquider le transfert, renaître comme une larme sur la joue d'une femme, glisser jusqu'à sa lèvres, se sentir avalé par sa bouche. Continuer le récit, le voyage dans les mots non encore inventés. "Ce dont je rêve, ce n'est pas seulement le récit d'un passé qui m'est inaccessible, mais c'est un récit qui soit aussi un avenir, qui détermine un avenir." "Un récit ce n'est pas simplement une mémoire reconstituant un passé; un récit c'est aussi une promesse." Je crois à cette parole de Derrida. Et à celle de St Augustin, dans ses confessions livre XI chapitre XX :

             "Il y a trois temps, le passé, le présent, l'avenir, peut-être dirait-on plus justement : il y a trois temps : le présent du passé, le présent du présent, le présent du futur. Car ses trois temps existent dans notre esprit et je ne les vois pas ailleurs.

                 Le présent du passé c'est la mémoire.

                 Le présent du présent c'est l'intuition directe.

                 Le présent de l'avenir c'est l'attente.

 (...) Un langage fait de termes propres est choses rare : très souvent nous parlons sans propriété, mais on comprend ce que nous voulons dire."

         Qui pourra jamais dire la "juste" position du fléau de la balance du temps. Cela nous est ravi. Reste l'histoire à dire et à redire. Redire encore. Il nous faut nous mouvoir dans le dit, pour ne pas qu'il s'endorme, qu'il devienne minéral, ravagé au coin du consensus, sclérosé, moribond. L'histoire est permanence comme le dit qui l'énonce et qui la renouvelle. Par excellence elle est le lieu de l' égarement, de l'errance, comme le temps dans lequel elle s'inscrit, elle s'écrit.

           "L'impossibilité de répondre à la question temporelle est le fond de la joie." Nous dit Pascal Quignard dans son livre -sur le jadis.

Seul l'homme écrit et dit le temps, c'est son rêve, son cauchemar. Et aussi sa tristesse. Rêve sans cesse d'une histoire qui serait différente, d'un temps qui serait autre. Il cherche la réponse contre vents et marées. Faut-il qu'il se souvienne des mots de Pessoa, page 169, N° 148 du livre de l'intranquillité :

          "Tout ce que l'homme expose ou exprime est une note en marge d'un texte totalement effacé. Nous pouvons plus ou moins, d'après le sens de la note déduire ce qui devait être le sens du texte; mais il y a toujours un doute, et les sens multiples sont multiples."



         






 

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Mercredi 28 juillet 2010 3 28 /07 /Juil /2010 13:53

Quand il fait du soleil, aujourd'hui, il n'y a rien à écrire. La ville est une fourmilière. Alors je flâne du côté des bouquinistes. Livres échoués sur les tables. Attendant le lecteur...Que de mondes oubliés...Tous ces livres que je ne lirais jamais. Tant de livres ennuyeux, malgré des quatrièmes de couverture élogieuses. Tous ces livres ampoulés, bien rangés dans la conscience de leur auteur. Vieillissants comme des mendiants. Ont-ils eu leur quart d'heure de célébrité comme le suggérait Andy Warhol.

   Et dans cette galaxie de mots, parfois, un éclat de lumière :

         "Il la regarde. Au bout d'un moment il dit :

         le problème c'est pas de savoir où on est.

        Le problème, c'est qu'on croit qu'on y est arrivé sans rien emporter avec soi.

        Cette idée que t'as de repartir à zéro.

         Que tout le monde a.

        On ne repart pas à zéro.

         C'est ça le problème.

       Chaque chose que tu fais tu la fais pour toujours.

         Tu ne peux pas l'effacer.

       Rien de ce que tu fais.

         Tu comprends ce que je veux dire?"

                              Cormac Mc Carthy.

C'est universel ça. ça pourrait être de Steinbeck, Faulkner, Céline... C'est immense et simple. ça peut s'emporter avec soi dans une poche. Les petits bouts de papier, c'est mieux qu'appris par coeur. On relit ce qu'on a oublié. Quand le coq chante et que pointe l'aube, je sais chaque matin que les mots d'hier se sont dissous dans la nuit. Cette grande lessive de la conscience. Le sommeil est le chiffon de l'âme.

 

 

 

 

 

 

 

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Vendredi 23 juillet 2010 5 23 /07 /Juil /2010 15:55

Taches sombres et fluctuantes, le vol des étourneaux en automne qui changent perpétuellement de position, influencés par le comportement de six ou sept de leurs voisins (ce que prouve les dernières recherches scientifiques en matière d'étourneaux). Comme eux nous sommes atteints "d'allélomimétisme" qui est cette tendance de faire ce que fait son voisin. Mais à la différence des étourneaux, nous avons besoin de leaders. Notre anti-conformisme est une vue de l'esprit, dans les faits notre comportement est proche de celui des étourneaux.

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Mardi 20 juillet 2010 2 20 /07 /Juil /2010 12:34

On peut toujours penser que les choses pourraient être différentes que ce qu'elles sont. C'est vain que de penser une chose pareille. Si les choses sont ce qu'elles sont c'est qu'elles sont différentes de ce qu'elles pourraient être.Cormac Mc Carthy explique cela. Un peu dans la veine du ça pourrait être pire. Il dit que quand les choses arrivent, elles arrivent comme ça sans frapper à la porte, sans être invitées. Simplement les choses sont ce qu'elles sont. Rien d'autre. Du solide. Une consistance de réel. Mais nombreux sont ceux qui n'aiment pas les évidences. Les vérités vraies. Cormac Mc Carthy dit " Je crois que la vérité est toujours simple. Il faut bien qu'elle le soit. Elle doit être simple pour qu'un enfant la comprenne. Autrement ce serait trop tard. Le temps que tu la comprennes ce serait trop tard". Le plus souvent l'imagination travesti le réel, la subjectivité s'arrange, et beaucoup imaginent les choses d'une toute autre manière que ce qu'elles sont. De même ils imaginent l'autre, ils ont des grilles de lecture pour ça. Et ça les rend malades de ne pouvoir identifier cet autre qui les regarde et demande " Que me veux-tu". Alors ils se gargarisent d'un supposé réel. Comme le savoir. Tissant des liens de connivence avec ce réel imaginé. Ils n'ont pas quitté la pataugeoire de leurs fantasmes.La rationalité devient une confusion irrationnelle. La morale privée se noit dans la mare aux canards des idées générales. C'est l'époque, nouvelle forme de dédouanement. L'observation de ce tournis donne le vertige ou la nausée. Lorsqu'on a le vertige on peut voir les choses de haut...

cela donne une perspective... Avec la nausée on a carrément la tête dans la cuvette des chiottes, la tête dans la merde, ça rapproche des égouts de la terre. Jacques Lacan avait repéré ça lorsqu'il avançait l'idée selon laquelle on mesure le degré de civilisation d'une société à la qualité de sa voirie, à sa capacité d'évacuer sa propre merde. Ça peut déraper. Peut-être peut on choisir entre le vertige et la nausée...

            On peut toujours penser que les choses pourraient, puissent être différentes que ce qu'elles sont. S'interroger sur leur fondement, leur origine, se pencher au-dessus de leur berceau comme une mère attentionnée, et voir si elles nous souris, si elles éclairent une face cachée, depuis des lustres cela se fait. A défaut d'y reconnaître le monde, un certain fonctionnement, on peut y repérer un peu de notre morale privée. Notre attachement. L'amour primordial. Une pulsion de vie intacte, ontologique. Mais on oublie cela. On résume notre existence, à la superficialité des ressentis qui nous traversent. Évacuation de l'irrationnel, du superflu... On préfère s'attacher, s'aliéner au monde concret, aux objets, comptant inlassablement les boutons d'acné qui hantent le bout de notre nez. On s'exténue dans la matérialité. Le buffet de cuisine sera mieux là ou là. On oublie le regard de ceux qui nous ont mis au monde, qui se penchaient au-dessus de notre berceau, la rencontre avec l'Autre qu'on ne cesse d'espérer et qui ne vient jamais faute de faire l'effort de tendre l'oreille, d'ouvrir les yeux. On devient chiants, avec les autres avec soi-même, insatisfaits. Mais les choses, certaines, sont immuables, on naît tous (en principe) d'une mère. On évacue cela dans notre médiocre idée de permanence. Nous ne voulons surtout pas entendre parler de sentiment océanique. De l'infini de la naissance et de la renaissance, du bruissement du vent dans les arbres, du ressac de la mer et des trèfles à quatre feuilles. On voudrait toujours que les choses soient différentes que ce qu'elles sont. Nous nous cognons au mur des choses. Plein de bleus au corps et à l'âme, plaintifs ainsi des petits chiens qui couinent à la porte de leur maître - dans une servitude volontaire, nécessaire, dévoreuse. La caresse du soleil et le velours des prés ne suffit pas à notre ego. Baudruches sans air clouées au sol par les sacs de plombs de nos caprices de chiots. On préfère soi à soie. On oubli la bonté. Le désir.

       Pour quelle raison intime et ravageante imagine-t-on que les choses pourraient être différentes que ce qu'elles sont. On éradique pas la mort, c'est l'inverse. Là, dans l'attente de laisser la place. Sans entrer dans une période de glaciation émotionnelle. Nul ne sait ce dont il parle quand il évoque le réel. Peut être est ce truc que l'on appelle époque, pas plus grandiose qu'une autre, on est dedans. Nous ignorons l'essence des émotions, nous ne pouvons que parfaire et nous accrocher à de maigres illusions, quelque soit le nom que nous leur donnons, un mot résiste au temps, un verbe, c'est le verbe être qui se conjugue à tous les temps, à tous les vents. Il y a un je qui pense, qui produit le cogito ergo sum, pourtant tant de choses sont sur terre et qui ne pensent rien. Rongé par le verbe être, Descartes, pourquoi n'a-t-il pas dit je pense être? il aurait toujours eu à faire avec le verbe être. Est ce que les choses qui sont, sont quand on commence à les nommer. J'ignore cela, et je dis chose, je pourrais dire pierre, ou amour, quel reflet on ces mots? La pierre est, l'amour est, j'aimerais le croire. Je suis préoccupé par le verbe être, quand d'autres le sont par le verbe avoir. Le verbe avoir ne m'intéresse guère. Quoique. Peut être que les choses nous ont, et qu'on se fait avoir avant que d'être. Verlaine pensait que les objets inanimés avaient une âme. Être ou avoir. Avoir puis être, avant d'avoir été, cela n'a que peu d'importance. Quoique, encore lui. Alors à chacun son jardin, sa balade, avec un l ou deux ailes, sa déco intérieure. Je choisirais les fleurs de pissenlit, d'un jaune lumineux, les tournesols sont déjà pris, Vincent passait par là. Je voudrais partager la naïveté...

     On peut toujours vouloir "rien" mais est-ce bien raisonnable. Slavoj Zizek raconte dans "Bienvenue dans le désert du réel" je crois, que l'anorexique se gave en quelque sorte de néant. Rassasié par le vide, puis il nous narre une petite histoire:" Un homme, à sa sortie de l'usine où il travaille, sa brouette est systématiquement fouillée, sans qu'on y trouve rien, jusqu'à ce qu'on comprennes que c'était en fait les brouettes qu'il volait..."

 Comment penser que certaines choses sont miennes, si je pense que ces choses, les autres les possèdent aussi " Le désir est toujours le désir de l'Autre" et jamais immédiatement "le mien", "je ne désire un objet que dans la mesure où il est désiré par l'Autre." Devons nous encore et encore insister, sur le fait que ce qui est désiré, c'est le désir lui-même. Les romantiques sont amoureux de l'amour, etc... l'hystérie même... Nous sommes frappés non seulement par une division mais aussi par une confusion, nous disons l'époque est "confuse", du tout est possible au tout est permis, comme dans le poème du grand inquisiteur, puisque Dieu est mort, celui du grand Dostoiëvski. Il n'y a plus d'opacité au réel, plus de résistance, pas de billet retour. Un billet aller est amplement suffisant pour aller là-bas. La Vie. La traversée des apparences.

 

Par fragmentations.renaudin.over-blog.com - Publié dans : fragments - Communauté : FRAGMENTS....ETC....
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